Bertrand Delanoê. Reuters
A la Mutualité, le maire de Paris a convaincu, sans aller jusqu'à se déclarer candidat à la présidence du parti socialiste. Ségolène Royal juge incompatible son credo "libéral et socialiste".
AFP
LIBERATION.FR : samedi 24 mai 2008
A six mois d'un congrès du PS qui doit désigner le successeur de François Hollande, Bertrand Delanoë a galvanisé ses troupes aujourd'hui à Paris, sans aller jusqu'à
se dire candidat, ce qui n'a pas empêché Ségolène Royal de pourfendre son credo alliant "libéralisme" et "socialisme".
Devant plus de cinq cents personnes réunies à la Mutualité -au premier rang, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin prenait conscieusement des notes, sans prendre
la parole - le maire de Paris a exalté le "professionnalisme", "la compétence", "l'esprit d'équipe".
"La question de 2012 ne se posera pas si nous ne réussissons pas le congrès de Reims et s'il n'est pas porteur d'années de travail intense" et "collectif", a
prévenu le maire. Une tâche "immense".
Cependant, Bertrand Delanoë, largement réélu en mars, 58 ans le 30 mai, n'a pas abattu son jeu même si la salle n'avait nul doute sur son ambition.
"Si je dis: +je ne veux vraiment de responsabilité qu'à la mairie de Paris+, eh bien je me fous de vous!", a-t-il cependant plaisanté.
L'assistance a cru qu'il irait plus loin, comme l'avait fait Ségolène Royal, ex-candidate à la présidentielle, une semaine plus tôt à Paris. Mais non.
Lors des débats ordonnés par le député européen Harlem Désir, l'ex-ministre Elisabeth Guigou a mis les points sur les i: "je souhaite que Bertrand soit, le moment
venu, notre candidat au poste de Premier secrétaire".
"Nous avons besoin pour notre parti de quelqu'un qui le connaisse, l'aime, sache le remettre au travail", a-t-elle expliqué. "Un leader sans projet ça ne vaut rien,
un projet sans leader non plus".
"Les socialistes doivent être les combattants de la liberté", avait plus tôt exhorté le maire, après avoir brisé un tabou en se proclamant socialiste ET libéral
dans son livre "De l'audace!" publié jeudi.
Retraites, environnement, mondialisation: le maire a passé en revue les enjeux, sans craindre d'utiliser des "gros mots" comme "social-démocratie": "il faut que
nous soyons des entrepreneurs du progrès social".
"Je suis heureuse que Bertrand Delanoë ait jeté un pavé dans la mare sur le libéralisme", a dit Elizabeth Guigou.
Plusieurs strauss-khaniens ont évoqué les "nécessaires convergences" de leur courant avec les amis du maire. Dominique Lefebvre, maire de Cergy et premier fédéral
du Val-d'Oise, est allé le plus loin, justifiant sa présence par "la volonté de jeter les bases, d'ici au 1er juillet (dépôt des contributions au congrès, NDLR), de cette large
convergence".
Plusieurs responsables parisiens, naguère partisans de Royal, étaient présents, tels les députés Patrick Bloche, premier fédéral parisien, ou Christophe Caresche.
Selon un de ces élus, "seul Delanoë peut faire bouger le PS sans le casser".
"Beaucoup considéraient que Delanoë était le porte-étendard de l'anti-ségolisme. Mais avec cette réunion, le livre et l'appel, il crée le débat, il lance un
mouvement", a jugé l'entourage du maire.
"Il y a une envie de bâtir ensemble", selon Harlem Désir.
Dans le concert de louanges tressées au maire de Paris, Ségolène Royal a fait irruption en condamnant en fin d'après-midi, en termes vifs, le mariage du libéralisme
et du socialisme. "Totalement incompatible", assène-t-elle.