Mercredi 4 avril 2007
par Comité Désirs d\'Avenir de Mennecy

Mag

La candidate socialiste explique ce qui changerait dans la manière d'exercer le pouvoir et va plus loin sur son calendrier de réformes.

Existerait-il une façon féminine de diriger la nation dans un pays habitué au paternalisme de la loi salique ?

Heureusement pour moi, l'élection de Michelle Bachelet au Chili et celle d'Angela Merkel en Allemagne ont donné, déjà, un peu de visibilité à l'exercice du pouvoir au féminin, même si, me concernant, ce serait la première fois qu'une femme serait élue au suffrage universel direct dans un grand pays d'Europe. C'est vrai, cela soulève dans l'inconscient collectif un certain nombre de questions - je ne sais pas encore dans quel sens elles seront tranchées - mais je pense profondément que l'opinion publique est souvent en avance sur les responsables politiques et les partis. Même si c'est en France que demeurent les inégalités les plus rudes entre les hommes et les femmes au niveau des salaires, de la précarité ou dans les conseils d'administration des grandes entreprises. La politique reste un monde construit par des hommes et pour des hommes∑

Faut-il changer la pratique de la fonction présidentielle ?

Oui. Je pense, par exemple, que la commission de la Défense de l'Assemblée nationale doit être informée des décisions concernant l'engagement des forces militaires sur des théâtres extérieurs. Je pense que le Parlement devrait être beaucoup plus associé qu'il ne l'est à la définition de la politique étrangère du pays. Le président ne devrait plus être non plus, depuis longtemps, à la tête du Conseil supérieur de la magistrature. Son pouvoir de nomination devrait, dans certains cas, être plus limité qu'il ne l'est. Est-ce à lui, et est-ce aux présidents des Assemblées, de choisir les membres des structures indépendantes? Voyez tous les abus actuels. Voyez la manière dont les membres des cabinets ministériels sont recasés dans les derniers jours d'un quinquennat. C'est l'équilibre général qu'il faut changer. Et c'est cela, aussi, que j'entends lorsque je parle de VIe République.

José Luis Zapatero, le président du gouvernement espagnol, a créé une grosse polémique en étant incapable, à la télévision, de dire combien coûtait un café∑ Que feriez-vous pour ne pas vous couper des réalités quotidiennes ?

Quand on a à gérer les affaires de l'Etat, à régler la question basque, à relancer l'Europe, à lutter contre le chômage, je ne suis pas choquée qu'on ne connaisse pas le prix d'un café. Et je vais même vous dire mieux: aurait-il répondu que cela m'aurait paru de la démagogie! Car enfin, qui peut croire que M. Zapatero va tout seul dans un café pour se commander un expresso? Une vie de chef d'Etat - on peut le déplorer, mais c'est ainsi - ce n'est pas une vie normale. C'est une vie où il faut économiser son énergie pour se consacrer à son pays et aux enjeux qui décident du destin commun. Cela étant dit, je précise une chose. Derrière la question du prix du café, il y a celle du coût de la vie. Et, derrière la question du coût de la vie, il y a la tromperie sur l'indice des prix dont on m'a tant parlé lors des débats participatifs et que je me suis engagée à réformer. On m'a dit que ce n'était pas une question présidentielle, mais un sujet de ménagère. Faux: selon moi, le pacte social doit s'appuyer sur des indices incontestables.

Comment éviter les phénomènes de cour si fréquents à l'Elysée ?

J'ai vu comment François Mitterrand faisait: il s'échappait. Eh bien, c'est cela la solution: il faut garder une lucarne ouverte, continuer d'avoir des antennes et des relais, voir ses amis, rester au contact des écrivains, des artistes, des créateurs, ne pas rompre le lien avec les élus, qui sont en première ligne et ont des échos directs des préoccupations des gens...

Imaginez-vous le 14 Juillet très différent de ce qu'il est aujourd'hui? Avec la fameuse garden-party ?

On verra cela. Ce qui est sûr, c'est que cette fête devrait redevenir beaucoup plus populaire qu'elle ne l'est∑ Les gens ont envie d'une vraie refondation de l'identité nationale. Et ils en ont envie partout, y compris dans les cités et dans les quartiers difficiles. Redéfinir la France telle qu'elle est devenue, magnifier l'émotion de la France colorée d'aujourd'hui, voilà la tâche. Et ce n'est pas une nostalgie, c'est une pédagogie, une projection dans l'avenir.

Le député socialiste René Dosière a durement critiqué le train de vie de l'Elysée. Le réduiriez-vous ?

Je souhaite une diminution du train de vie de l'Etat en général. La sobriété n'empêche pas la grandeur dans l'exercice du pouvoir et de l'autorité. Alors, en ce qui concerne l'Elysée en particulier, je demanderai à une commission parlementaire de faire des propositions sur la baisse de ses dépenses de fonctionnement. Et ce sera la même chose dans les ministères. Il faut tout faire pour réduire le côté monarchique de l'exercice du pouvoir en France. Et je le ferai, toute Royal que je suis!

Quel lien aurez-vous avec le Parti socialiste, si vous êtes élue ?

Il faut trouver un juste équilibre. Le chef de l'Etat est élu au suffrage universel direct. Il ou elle représente tous les Français. Et il est, en même temps, issu d'une formation politique qui, en l'espèce, est le Parti socialiste et qui constitue la majorité parlementaire sur laquelle il doit s'appuyer.

Vous dites vouloir «dépoussiérer» le socialisme français. En quoi est-il poussiéreux ?

Je veux faire le socialisme du réel, celui qui regarde les choses en face sans se sentir prisonnier d'un certain nombre de dogmes ou d'actions du passé. Par exemple, j'estime que nous n'avons pas suffisamment pris en compte les acquis de la pensée antitotalitaire des années 1970 et 1980. Ou bien, pendant très longtemps, nous n'avons pas osé dire que les 35 heures n'étaient pas forcément bien appliquées partout.

Mais le bilan des 35 heures vous paraît-il négatif ?

Non, les 35 heures n'ont pas été une erreur, ne tombons pas non plus dans l'exagération symétrique! Reconnaître qu'il faut les évaluer davantage et qu'elles ont créé dans certains secteurs plus de problèmes que de solutions, c'est se donner la capacité d'agir. Il faut savoir être cohérent et pragmatique. Fidèle à des principes et ouvert à la discussion, voire au compromis, quand il s'agit de leur application. Mais nous sommes dans un système, politique et médiatique, où il suffit de reconnaître une erreur pour que l'on cherche à tout détruire.

Revendiquez-vous ce droit à l'erreur ?

Je suis modeste dans l'approche politique des choses et, en même temps, offensive dans ma volonté de réformer. Mais c'est l'éternelle histoire, n'est-ce pas, de l'ange qui fait la bête et de l'enfer pavé de bonnes intentions. Parfois, les bonnes intentions ne s'appliquent pas, sur le terrain, comme on l'avait imaginé. Alors, il faut le dire. Et réagir. L'administration française manque cruellement d'une culture de l'évaluation. On empile les réformes les unes sur les autres sans jamais évaluer les précédentes. Et c'est une partie du problème! C'est vrai dans le domaine de l'Education nationale. Ça l'est aussi pour l'emploi. Voyez les aides aux entreprises: il existe 700 procédures!

Est-ce au chef de l'Etat d'impulser cette politique d'évaluation ?

Le chef de l'Etat donnera des instructions. Il dira à son gouvernement: il y a le pacte présidentiel, veillez à sa mise en application. Ensuite, il faudra qu'on lui rende compte. C'est à cela, d'abord, que doit servir le Conseil des ministres: que s'est-il passé au cours de la semaine écoulée? Actuellement, tous les mercredis, on engrange des réformes nouvelles sans jamais évaluer quoi que ce soit. Soyons concrets: les ministres me rendront compte de ce qu'ils ont fait pendant les sept jours précédents et de la manière dont ils évaluent l'application des réformes déjà adoptées; puis nous préparerons les réformes à suivre. C'est une question de crédibilité de la politique. Il y a un tel décalage, aujourd'hui, entre l'annonce d'une loi en Conseil des ministres, son vote et sa mise en application∑

Faut-il donc fixer un délai ?

Oui. Les décrets d'application seront prêts à être signés au moment où la loi sera déposée sur le bureau de l'Assemblée. Et il faudra tenir compte, bien entendu, des modifications inhérentes au débat parlementaire.

Il existe un Conseil de sécurité intérieure, présidé par le chef de l'Etat. Maintiendriez-vous cette instance ?

Je maintiendrai cette instance. Les questions de sécurité sont cruciales et elles nécessitent une coordination entre ministères.

Votre réforme institutionnelle conduirait-elle à un régime parlementaire ?

Non. Ce n'est pas parce que le Parlement voit son rôle consolidé que le régime redevient parlementariste! La stabilité des institutions sera maintenue. Et ma réforme institutionnelle est globale: elle ne concerne pas que les rapports entre le Parlement et l'exécutif. Le Parlement renforce son pouvoir de contrôle, mais plus aucune modification du Code du travail ne se fait sans négociation préalable avec les partenaires sociaux. Je veux aussi engager une nouvelle vague de régionalisation, car c'est la meilleure façon de réformer l'Etat et de lutter contre le gaspillage des fonds publics. Disons très clairement, à chaque échelon, qui est responsable de quoi.

Quel sera votre calendrier pour la réforme des institutions ?

Il faut aller au plus simple et au plus rapide. Je mettrai en place, sous l'autorité du Premier ministre, un conseil consultatif constituant, avec des parlementaires, des représentants du Conseil économique et social, des élus locaux, des constitutionnalistes, ainsi qu'un jury de citoyens tirés au sort. La charte de laïcité que j'appelle de mes v˛ux sera, pour sa part, adossée à la Constitution.

Le Premier ministre pourrait-il être une femme ?

Je ne m'interdis rien. Le Premier ministre, quel qu'il soit, aura un rôle très simple, une feuille de route claire: mettre en application le pacte présidentiel. C'est sur cette base que j'aurai été élue. Ce pacte présidentiel, que j'ai élaboré avec les Français, dans un rapport dialectique avec eux, au cours de cette belle phase de démocratie participative si décriée autour de moi, la moindre des choses est qu'il soit mis en chantier sans délai. Cette parole, qui est ma parole en même temps que la parole des Français que j'ai consultés, je m'engage aujourd'hui, solennellement, à ce qu'elle soit tenue. Et je viendrai personnellement, tous les ans, rendre compte devant le Parlement de l'application du pacte présidentiel.

« Une quinzaine de ministères me paraît une bonne hypothèse de travail », dites-vous dans votre livre. Faut-il modifier la structure gouvernementale actuelle ?

Entre 15 et 18. Je veux stabiliser les découpages ministériels une fois pour toutes pour le quinquennat, sinon cela crée de l'incertitude et du désordre. Mêmes règles, mêmes structures pendant cinq ans: cela vaut pour les compétences ministérielles, mais aussi pour les règles fiscales et sociales, sous réserve d'évaluations, de réajustements ou d'éventuels effets pervers apparaissant en cours de route. Tout le monde, à commencer par les entreprises, a besoin de règles stables et simples. C'est pourquoi la Conférence nationale sur la croissance et les revenus sera immédiatement réunie, le Parlement sera ensuite saisi des travaux entre les partenaires sociaux et, à la fin de 2007, le paysage fiscal et social sera redessiné: c'est un engagement politique que je prends.

Un ministre pourra-t-il rester à la tête d'une mairie ou d'un autre exécutif local ?

Etre ministre est un travail à temps plein. Mais je laisserai à chacun la liberté de conserver un simple mandat de conseiller municipal, pas d'adjoint au maire, pour garder un lien avec les électeurs.

Etes-vous sûre de parvenir à respecter votre promesse de modifier les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour y faire figurer les objectifs de croissance et d'emploi ?

Ce n'est pas une promesse. C'est l'expression d'une nécessité politique. Et c'est en Européenne fervente, résolue, que je vous le dis. D'abord, il faut un véritable gouvernement économique de l'Europe, qui n'existe pas aujourd'hui, avec, d'un côté, des chefs d'Etat et de gouvernement qui traitent des questions économiques et sociales chaque fois qu'ils se réunissent, et, de l'autre, des ministres de l'Economie et des Finances qui appliquent leurs instructions. La BCE ne doit pas être livrée à elle-même, sinon elle prend le pouvoir, comme une administration dans un ministère où les responsables politiques n'exerceraient plus leurs prérogatives. Je ne fais donc pas porter la responsabilité à la Banque centrale, mais aux chefs d'Etat et de gouvernement et à leur manque de volonté. Ensuite, je suis convaincue que les statuts de la Banque centrale, parce qu'elle les met souvent en avant pour justifier ses décisions, jouent un rôle important.

Ce n'est donc pas seulement une question de pratique ?

La politique se fait aussi dans l'affichage des objectifs. Et mon objectif est d'élargir les missions de la BCE à la croissance et à l'emploi. Ce n'est pas l'avis actuel, je le sais, d'une majorité d'Etats européens. Mais cela peut évoluer en fonction de la situation économique. Si le chômage et les délocalisations continuent, si la croissance ne redémarre pas, les choses peuvent changer. Je connais mes futurs partenaires. Je ne crois pas qu'ils aient des positions si figées, ni si dogmatiques, qu'on le dit.

Le 1er juillet, date de la revalorisation légale du Smic, lui donneriez-vous un coup de pouce supplémentaire ?

Oui, bien sûr, le Smic bénéficiera d'un coup de pouce. Même si elle relève de l'Etat, cette décision sera discutée avec les partenaires sociaux dans le cadre de la Conférence nationale sur la croissance et les revenus. Parce que je ne veux pas d'un écrasement de la hiérarchie des salaires et qu'il n'est pas question que les salariés rémunérés juste au-dessus du Smic n'aient pas de perspective d'augmentation. Le relèvement du Smic doit donc s'accompagner de la redéfinition d'une politique salariale. Pour ne pas pénaliser les entreprises de main-d'˛uvre, il faudra accorder aussi, et en contrepartie, des allégements de charges sociales. C'est en France que l'on voit autant de salariés payés au Smic et pendant aussi longtemps, parfois toute la durée de leur vie professionnelle. Il y a là un vrai problème de déroulement de carrière qui doit être traité par la formation professionnelle.

Comment comptez-vous persuader les patrons de mener cette politique ?

Ce sera une nouvelle donne. Un pacte. Du donnant, donnant. Il existe, aujourd'hui, énormément d'aides publiques, éparpillées, données sans contrepartie. Les allégements de charge sur les bas salaires, par exemple, sont les mêmes pour les grandes banques et les PME à capital familial. Sur les 63 milliards d'aides aux entreprises, seuls 9% vont aux PME, alors qu'elles créent 63% des emplois. Je vais remédier à cette anomalie en ciblant sur elles les allégements du coût du travail et les aides fiscales à l'innovation. Les allégements seront modulés notamment en fonction de la hausse de la masse salariale globale: soit par de nouvelles embauches, soit par l'augmentation des salaires.

Vous voulez simplifier les règles fiscales et sociales, mais vous créez un dispositif très complexe !

Beaucoup moins que maintenant! D'ailleurs, mon intention est de confier l'attribution des aides aux régions. Elles connaissent bien les entreprises, celles qui sont dans une logique économique et celles qui sont prêtes à mettre la clef sous la porte, du jour au lendemain, pour répondre à la demande d'un fonds de pension. Si les aides publiques avaient été conditionnées, certaines entreprises n'auraient pas délocalisé.

Pour vous, il n'y a pas de problème global du coût du travail ?

Pour baisser le coût du travail, il faut prendre l'argent quelque part. Donc, l'opération doit profiter à l'emploi. C'est pourquoi je propose de concentrer les efforts, notamment sur les emplois tremplins. Premièrement, en incitant les PME à embaucher de jeunes diplômés au chômage. Pendant six mois, les régions paieront la totalité du coût de cet emploi nouveau, salaires et charges. Deuxièmement, pour les jeunes sans qualification, je propose le contrat première chance, afin d'offrir un emploi aux 190 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification et sans emploi. Je veux permettre aux commerçants et artisans, dans les entreprises de moins de 10 salariés, de pourvoir les 500 000 offres d'emploi qui ne sont pas satisfaites.

Mais c'est de l'emploi gratuit !

Plutôt que de saupoudrer les aides, il vaut mieux une règle claire: vous rendez un service à la nation en embauchant des jeunes sans qualification, vous y consacrez une partie de votre énergie, donc vous êtes aidé. Le jeune bénéficiera aussi d'une formation et d'un tutorat. Ma vision, c'est celle d'une société de confiance où l'on arrête de suspecter tout le monde de frauder ou de vouloir contourner les lois. Mais c'est, là encore, du donnant, donnant: vous ne fraudez pas, et tout le monde est gagnant. Sinon, il y a sanction. Cela suppose du sur-mesure et un engagement contractuel. Il faut individualiser les aides - c'est vrai dans tous les domaines de la société - si l'on veut éviter les gaspillages des fonds publics. Certaines entreprises sont tellement habituées à venir au guichet des collectivités territoriales qu'elles considèrent cela comme un dû; elles font du chantage à l'emploi. Eh bien, non. Il n'y a plus de «dû».

Ces deux mesures, jeunes diplômés et non qualifiés, font partie des emplois tremplins ?

Oui. Enfin, il y a les bourses tremplins, les 10 000 euros d'aide gratuite qui fonctionnent déjà dans plusieurs régions et permettent de donner le coup de pouce initial pour créer son emploi, son activité. Aujourd'hui, les banques ne prennent plus aucun risque et la concentration du secteur est telle qu'il n'y a plus aucune concurrence. Voilà la première chose dont les PME se plaignent: l'accès au crédit. De manière tout à fait anormale, les régions doivent prêter aux entreprises pour que les banques acceptent ensuite d'apporter un crédit complémentaire! Il faut que chacun se remette à faire le travail pour lequel il est mandaté.

Pensez-vous que, si vous êtes élue, vous devrez prouver pendant cinq ans qu'une femme peut faire aussi bien qu'un homme ?

Bien entendu, non. Si je suis élue, je serai élue. Et le peuple français est un peuple républicain qui ne tolérerait pas ce qui lui apparaîtrait, de la part des notables de la démocratie d'opinion, comme un coup d'Etat médiatique permanent !

propos recueillis par Christophe Barbier, Elise Karlin, Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet

Source : L'Express



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Samedi 31 mars 2007
par Comité Désirs d\'Avenir de Mennecy

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Samedi 31 mars 2007
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Mercredi 28 mars 2007
par Comité Désirs d\'Avenir de Mennecy

Seglib

Pourquoi vous être emparée du thème de la Nation à ce moment précis de la campagne ?

Ce thème est par définition présent dans une campagne présidentielle, le candidat ou la candidate ayant pour vocation et ambition d'incarner la République, donc la Nation. Il est normal de pouvoir préciser sa vision des choses sur le sujet et sur la façon dont le lien national doit s'incarner. Le candidat de la droite a donné sa vision des choses, en proposant un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration. Le candidat UDF, lui, se moque de tout cela. Il a tort. Il est tellement pris dans son filon ni droite ni gauche qu'on ne sait plus ce qu'il pense de rien et donc, pas davantage, de la Nation. Ce qui est d'ailleurs cohérent avec ses positions, puisqu'il n'a pas de programme et donc, ne dit rien. Quant au candidat du Front national, il confond nation et nationalisme. Il y a donc une vraie confrontation des points de vue. Pour moi, c'est très clair. Je suis une Européenne résolue. Je suis partisane d'une France ouverte au monde, internationaliste et généreuse et je considère que la Nation a un autre nom qui est celui de la République. La Nation telle que je la conçois ne demande pas aux gens d'où ils viennent, mais où ils veulent aller ensemble. Elle n'est pas fondée sur les racines, l'ethnie, que sais-je, mais sur une idée. Elle est une idée et c'est ce qui la distingue de ce qu'en ont fait nos adversaires.

L'affirmation de la Nation est-elle compatible avec l'internationalisme de gauche ?

Evidemment, la gauche est internationaliste. Mais il faut donner une réassurance sur l'identité nationale, qui a besoin d'être consolidée au moment où les Français s'inquiètent de la dilution de la Nation dans la mondialisation. Jaurès lui même a réconcilié l'idée de Nation et celle d'internationalisme. Au point, d'ailleurs, d'en mourir ! La Nation, je vous le répète, n'est pas incompatible avec l'ouverture. Ni du côté du local, et je suis de ce point de vue la seule candidate à proposer une régionalisation. Ni de l'autre côté, avec le fait européen. Mais cet enjeu-là est considérable au moment où on observe une confusion des valeurs, une montée des désordres, un doute sur les marges de manoeuvre de la politique.

Insister sur la nation, c'est nécessaire pour ramener à gauche les catégories populaires ?

Je ne fais pas de calcul. Je ne parle pas de la nation pour plaire à telle ou telle catégorie, il s'agit de convictions de longue date. Ministre de l'Enseignement scolaire, j'avais déjà mis l'éducation civique au brevet des collèges. J'ai toujours beaucoup travaillé sur cette question : qu'est-ce qui fait la France ? Je l'avais évoqué à Vitrolles, dans lors de ma déclaration de candidature. Puis lors de l'investiture. Ce n'est donc pas une question de tactique politique.

Quelle importance attachez-vous à l'électorat populaire, dont la fuite avait causé la défaite de la gauche en 2002 ?

La mobilisation des catégories populaires est un des enjeux de cette élection. Non pas pour des motifs partisans mais parce que ces catégories se sont éloignées du vote et qu'il est essentiel pour la santé de notre démocratie qu'elles retrouvent la confiance dans la politique. La crise démocratique, et je suis la seule candidate à en avoir fait le diagnostic précis, a engendré un éloignement du vote, des votes de colère, un sentiment de ne plus compter pour rien, du repli sur soi. Ces sentiments frappent les catégories populaires, et maintenant les classes moyennes. C'est très dangereux : il peut y avoir soit une fuite vers l'individualisme, soit un repli vers des communautarismes et rejet des autres. Plus largement, les catégories populaires ont, comme les autres, besoin d'une réflexion sur l'identité nationale, d'une politique internationale digne de ce nom, de participer au débat sur la culture, l'énergie ou les enjeux de la santé Et je considère que c'est le devoir de la gauche de répondre à ces attentes des catégories populaires, tout comme à la fraction des classes moyennes qui aujourd'hui nourrissent un sentiment de déclassement.

Quelle est votre position sur les régularisations de sans-papiers ?

Quand Nicolas Sarkozy a convoqué dans les préfectures tous les sans-papiers pour leur faire croire qu'ils auraient des papiers et qu'ils ont finalement été fichés, il a trompé les gens. Il est responsable d'une politique qui a grossi le nombre des étrangers sans papiers et pourtant non expulsables. Il a créé des zones de non droit. Aujourd'hui 26 000 parents d'élèves ne sont pas régularisés malgré les promesses et ne peuvent non plus être reconduits à la frontière. C'est scandaleux dans un Etat de droit, et inhumain. Pourquoi ce problème qui empire depuis plusieurs années n'a-t-il pas été réglé ? Pour ma part, je veux que l'ensemble de ces situations soient examinées sur la base de critères objectifs, et non pas de façon aléatoire ou statistique, avec le sens de la responsabilité et l'humanité nécessaire.

Vos relations sont-elles apaisées avec les profs ?

Je n'ai jamais été fâchée avec les enseignants. Il y a eu la diffusion sur Internet de la fameuse vidéo, et on sait dans quelles conditions elle a été tournée et diffusée : je ne suis bien sûr pas d'accord avec ce type de méthode, car on doit pouvoir participer sereinement à des réunions de réflexion. Mais peu importe. Ce qui compte, ce sont les conditions de travail des enseignants et d'apprentissage des élèves. Les adolescents ont changé, et la formation des enseignants n'a pas suivi cette mutation. Je pense que les enseignants, qui sont gênés par l'accumulation des réformes de l'Education et qui ont un vrai sentiment de déclassement, ont d'abord besoin de reconnaissance. Mais s'ils regardent ce qui a été fait avec la gauche entre 1997 et 2002, et ce qui s'est passé depuis cinq ans, je pense qu'ils voient clairement la différence. Si je suis élue, la prochaine rentrée scolaire se fera en rétablissant les emplois supprimés. Une liberté pédagogique sera donnée aux équipes, des solutions apportées aux élèves décrocheurs qui perturbent les classes et des moyens seront donnés pour développer le travail en équipe.

Concrètement, comment «desserrer» la carte scolaire, comme vous le préconisez ?

La question de la mixité scolaire se définit dans la politique de la ville, dans la politique de l'habitat et dans la politique urbaine. Ce n'est pas l'école qui doit porter seule la question de la mixité. C'est la politique de la ville qui, en amont, accompagne ou pas la mixité. Je souhaite répondre au voeu des parents d'un peu de souplesse dans la sectorisation.

Les jeunes s'intéressent à la campagne mais restent sceptiques. Comment comptez-vous les convaincre de s'engager ?

Je pense que l'ampleur de la crise sociale, économique, écologique, culturelle est telle que le choix est clair. Le prochain scrutin doit leur permettre de choisir dans quelle France ils veulent vivre demain. Moi, je les invite à inventer la France dans laquelle nous allons vivre. A mener la bataille pour l'emploi des jeunes, l'amélioration de leur qualification, la reconnaissance de la France dans sa diversité, dans son métissage, contre toutes les formes de discrimination. Et je les appelle à participer au rééquilibrage entre les pays du Nord et du Sud, car ils ont compris que leur avenir dépendait aussi de la réduction des inégalités Nord-Sud.

Suffit-il, pour la gauche, d'expliquer que Bayrou, c'est la droite ?

Non. Son «ni droite, ni gauche» masque l'immobilisme le plus absolu, le refus de dire clairement quelles sont les solutions qui seront apportées aux problèmes qui se posent au pays. Et l'immobilisme, c'est la poursuite de la situation actuelle dont les Français ne veulent plus. Pour ma part, j'explique dès maintenant comment je vais m'y prendre, et à quelles priorités je vais m'attaquer. Je suis persuadée que les choses vont se clarifier. Je ne veux pas que les Français soient privés d'un vrai choix entre deux visions clairement identifiées de l'avenir de la France.

A propos de Nicolas Sarkozy, pensez-vous que l'on peut être élu président de la République si l'on ne peut aller en banlieue ?

C'est difficile d'incarner l'unité de la Nation si certains espaces du territoire sont inaccessibles. Mais cela fait partie de la question de la responsabilité politique. La crise des banlieues a été très mal traitée. Depuis, rien n'a changé. Les choses se sont même dégradées. Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur jusqu'à lundi, il a quand même eu tous les pouvoirs entre les mains pour pouvoir régler cette question-là... C'est un échec sur toute la ligne. Et on ne voit pas davantage de solution, dans son programme présidentiel. Il n'est pas capable de résoudre ces problèmes. Il y a une rupture profonde de confiance entre les jeunes de ces quartiers et lui. Pour ma part, j'ai dit que les banlieues n'étaient pas un problème mais une part de la solution aux problèmes de la France, parce que je veux mobiliser tous les talents qui aujourd'hui n'ont pas les moyens de se révéler.

Que répondez-vous aux critiques sur le financement de votre projet présidentiel ?

Mon projet comporte bien sûr des dépenses, mais il est financé par des économies, des redéploiements, et toutes ces dépenses sont des investissements et non pas des dépenses inertes. Elles permettront de relancer la croissance. On n'est pas dans l'arithmétique. Si on n'investit dans rien, on meurt à petit feu. Moi je veux investir dans les filières du futur. En Suède, on a investi massivement dans l'innovation, dans la matière grise. La France est très en retard sur un certain nombre de domaines : le dialogue social, le développement durable, les questions énergétiques. C'est là qu'il faut que les pouvoirs publics soient présents. Il y a aussi des marges de manoeuvre sur la réforme de l'Etat : la baisse de son train de vie, et la réforme de l'action publique, surtout par la décentralisation.

Avec la réforme de l'Etat, vous vous emparez d'un thème cher à la droite...

Mais la droite n'a pas accompagné les fonctionnaires dans cette mutation ! Elle leur a imposé des politiques arithmétiques, avec la moitié de fonctionnaires non remplacés. Cela veut-il dire que la moitié des fonctionnaires ne compte pour rien ? Ce n'est pas digne d'un candidat à la présidentielle de désigner à la vindicte publique une catégorie de la population. Les fonctionnaires doivent être associés aux mutations des services publics. Il faut leur dire : on va vous accompagner dans ces mutations, on va redéployer les services publics là où les citoyens en ont le plus besoin et, en échange, vous serez mieux formés et mieux rémunérés.

Comment procéderez-vous pour la conférence salariale que vous avez annoncée ?

Ce rendez-vous est très important. Il va falloir nouer un nouveau dialogue social pour aborder un ensemble de questions : comment augmenter les bas salaires ? Comment investir mieux dans la recherche et l'innovation ? Comment met-on en place ce qu'on appelle dans les pays du Nord une «flexsécurité» ?

Vous êtes pour davantage de flexibilité ?

Je préfère parler d'agilité. Jusqu'ici, la flexibilité a été supportée par les salariés, jamais par les patrons. Quand une entreprise va mal et qu'un patron part avec un parachute doré, ça a un impact symbolique insupportable. L'agilité que je veux donner aux entreprises a sa contrepartie dans des sécurités nouvelles pour les salariés : c'est par exemple la sécurité sociale professionnelle.

Le marché, donc, est accepté ?

Le marché est accepté, pas le système libéral. Mais il faut un marché régulé, qui permette de faire converger l'intérêt de l'entreprise et du salarié. Le rétablissement du lien de confiance passe par le développement d'une culture de compromis dans les entreprises. D'où ma proposition de sécurité sociale professionnelle, qui permet au salarié de conserver un revenu, avec une formation, sans passer par la case chômage. Le salarié peut même garder un lien juridique avec son entreprise. En fait, il s'agit d'utiliser différemment les indemnités chômage et les crédits de la formation professionnelle. Cela donne de la liberté aux salariés, mais aussi des devoirs : le salarié ne pourra pas toucher 90 % de son salaire et rester chez lui. Il devra suivre une formation ou se reconvertir. C'est donnant-donnant.

Comment envisagez-vous de soutenir les entreprises ?

Je veux réorienter un certain nombre de choses. Je me suis d'abord engagée à ce que le taux de l'impôt sur les sociétés soit modulé à la baisse si les profits sont réinvestis. Les propositions faites par les deux candidats de droite sont inopérantes. Quand l'un d'eux (François Bayrou, ndlr) propose de supprimer les charges sociales pour les entreprises embauchant deux personnes, c'est inadmissible. On ne donne pas les mêmes aides aux banques, à la grande distribution ou aux PME ! Le temps est venu des politiques sélectives ; il faut mettre fin au saupoudrage des fonds publics et faire du sur mesure. D'ailleurs, si je suis élue, les banques prendront leur part de l'effort. Nous sommes le seul pays où les banques s'entendent entre elles pour ne pas prendre de risque à l'égard des PME, alors que, grâce aux tarifications bancaires, elles gagnent de l'argent sur les pauvres et font des profits insolents. On doit imaginer des mesures pour amener les banques à se consacrer davantage au financement des PME. C'est ce qui est fait à l'étranger.

Vous qualifiez votre projet de socialiste ?

Il l'est.

Votre campagne semble avoir retrouvé de l'allant depuis que vous avez retrouvé votre «liberté». Moins y a d'éléphants mieux c'est ?

Les responsables du Parti socialiste tiennent tous leur rôle dans la campagne. Ils sont tous en mouvement. Lors de l'élection présidentielle précédente, la mobilisation des militants avait faibli. Cette fois, jamais, avec 300 000 militants qui, dans cette dernière ligne droite, se battent. Le parti, dans ses profondeurs, est totalement en ordre de marche.
Mais c'est vous qui tentez de le révolutionner...

C'est moi la candidate, c'est sur moi que reposent les responsabilités. Je serai responsable de ce qui arrivera. Je ne ferai porter la responsabilité sur personne d'autre.

Source : Libération



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Dimanche 18 mars 2007
par Comité Désirs d\'Avenir de Mennecy

Ségolène Royal, c'est la candidature qui incarne le seul vrai changement à gauche :

Lors de l'émission "A vous de juger", devant plus de 4,5 millions de Français, elle rappelait que les Français ont besoin et envie d'un changement profond. Ils ont le choix entre un candidat qui prolonge ce qui existe, le candidat dont on attend le programme, et la candidature qu'elle représente.
Regarder Ségolène Royal
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Ségolène Royal offre, sans tabou, des réponses concrètes et adaptées à l'évolution de la société :

-la démocratie participative avec le développement des budgets participatifs et des lois d'initiative citoyenne,
-la démocratie sociale avec la négociation collective garantie d'efficacité et de sécurité économique,
-la démocratie parlementaire avec le non-cumul des mandats, la réforme du Sénat et la suppression de la procédure du 49-3.
Lire le Pacte présidentiel
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